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Facundo Cabral assassiné

Publié le dimanche 10 juillet 2011 (par Dominique)

Facundo Cabral, célèbre chanteur argentin, en tournée au Guatemala a été assassiné dans une embuscade planifiée - selon les autorités guatemaltèques -, sur le chemin de l'aéroport de Guatemala Ciudad, le 9 juillet.

Facundo Cabral
Facundo Cabral - photo du web


Né le 22 mai 1937 à la Plata, au sud de Buenos Aires, il était âgé de 74 ans.
C'était un nomade qui se déplaçait d'hôtel en hôtel - “autrement, on accumule des choses”, disait-il.
Amoureux de la vie, il disait en pensant à la mort qu'elle est “comme un espace magique”.
Le jour de ma mort, une milonga (danse populaire argentine) vaudra mieux qu’une bougie pour me veiller”, disait Facundo Cabral.

À huit ans abandonné par son père avec sa mère et ses 5 frères et sœurs, la famille s'installe en terre de feu. Il quitte très tôt le domicile familial pour survivre grâce à de multiples petits boulots. En 1959, il travaillait dans un hôtel de Mar del Plata, le patron lui demande de chanter pour divertir les clients. Il alors tire son inspiration d'Atahualpa Yupanqui et José Larralde, puis très vite il adopte un style personnel dans lequel se mêlent critique sociale, poésie et inspiration.

Il grave ses premiers disques sous le pseudonyme d'El Indio Gasparino sans remporter un grand succès jusqu'à l'écriture de “No soy de aqui, ni soy de alla(Je ne suis ni d'ici, ni d'ailleurs), qui sera connue dans le monde entier, reprise en neuf langues dont certaines versions par des artistes reconnus : Neil Diamond, Pedro Vargas et Julio Iglesias.

En 1976, poursuivi par la dictature militaire sous le régime de Pinochet, il s'exile, comme l'autre chanteur argentin Jaïro. Facundo Cabral choisit Mexique où il continue sa carrière. En 1996 il est nommé “messager mondial de la paix” par l'Unesco.

Facundo Cabral est l'auteur d'une dizaine de livres dont un recueil d'entretien avec l'écrivain argentin Jorge Luis Borges.

No soy de aqui, ni soy de alla

Me gusta el mar y la mujer cuando llora
las golondrinas y las malas señoras
saltar balcones y abrir las ventanas
y las muchachas en abril

Me gusta el vino tanto como las flores
y los amantes, pero no los señores
me encanta ser amigo de los ladrones
y las canciones en francés

No soy de aquí, ni soy de allá
no tengo edad, ni porvenir
y ser feliz es mi color
de identidad

Me gusta estar tirado siempre en la arena
y en bicicleta perseguir a Manuela
y todo el tiempo para ver las estrellas
con la María en el trigal

No soy de aquí, ni soy de allá
no tengo edad, ni porvenir
y ser feliz es mi color
de identidad




Je ne suis ni d'ici, ni d'ailleurs (traduction)

J'aime la mer et les femmes quand elles pleurent,
Les hirondelles, les gourgandines
Sauter des balcons et ouvrir les fenêtres
Et les filles en avril

J'aime le vent autant que les fleurs
Et les amants, mais pas les messieurs
Il me plaît d'être l'ami des voleurs
Et des chansons en français

Je ne suis ni d'ici, ni d'ailleurs
Je n'ai pas d'âge, ni d'avenir
Etre heureux est la couleur
De mon identité

J'ai toujours aimé m'abandonner sur le sable
et poursuivre Manuela en bicyclette
et tout le temps de regarder les étoiles
avec Marie dans le champ de blé

Je ne suis ni d'ici, ni d'ailleurs
Je n'ai pas d'âge, ni d'avenir
Etre heureux est la couleur
De mon identité

Texte et musique de Facundo Cabral


Rigoberta Menchu, figure importante du renouveau guatémaltèque, prix nobel de la paix, s’est rendue immédiatement sur place.
“Nous condamnons un crime terrible au Guatemala, un crime terrible dans notre pays. Un crime qui inspire la terreur et l’horreur. Je ne peux pas m’empêcher de penser, qu’il a été tué pour ses idées, car il n’y avait aucune raison qu’il soit tué au Guatemala”.

Quand un opéra rime avec l'actualité !!

Publié le mardi 5 juillet 2011 (par Dominique)

Les opéras de Guiseppe Verdi ont depuis leurs créations souvent été des supports à l'expression de révoltes présentes dans l'histoire du peuple italien. La représentation dirigée à l'opéra de Rome le 12 mars 2011 s'inscrit dans cette continuité historique.

Je retranscris ici le texte qui accompagnait la vidéo transmise par une amie.

Le 12 mars dernier, Silvio Berlusconi a dû faire face à la réalité. L’Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti.

Nabucco de Verdi est une œuvre autant musicale que politique : elle évoque l'épisode de l'esclavage des juifs à Babylone, et le fameux chant “Va pensiero” est celui du Chœur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était opprimé par l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la création de l’Italie unifiée.

Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. (Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi…)

Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…

Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution :
- “Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public.

- “Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait commencer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : “Oh ma patrie, si belle et perdue !”

- “Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : “Bis !” et “Vive l’Italie !”, “Vive Verdi !” Des gens du poulailler commencèrent à jeter des papiers avec des messages patriotiques – certains proposant même “Muti, sénateur à vie !”

Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésitait à accorder le bis pour le Va pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin.

- “Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait une intention particulière”, raconte-t-il.

Mais dans le public, se réveillait déjà un sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné vers le public (et M. Berlusconi).
Voilà ce qui s'est produit : Après que les appels pour un “bis” du “Va Pensiero” se soient tus, on entend dans le public : “Longue vie à l'Italie !”

Le chef d'orchestre Riccardo Muti s'adressa alors au public :
- “Oui, je suis d'accord avec ça, “Longue vie à l'Italie” mais... [applaudissements]
Je n'ai plus 30 ans, et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien, qui a beaucoup parcouru le monde. J'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc, j'accède à votre demande de bis pour le “Va Pensiero”. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Chœur qui chantait “O mon pays, beau et perdu”, j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle est bâtie l'histoire de l'Italie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment “belle et perdue”. [Applaudissements nourris, y compris des artistes sur scène]

Depuis que règne par ici un “climat italien”, moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant que nos donnions du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale et avec un chœur qui a chanté magnifiquement avec un superbe accompagnement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.”

Il invita, alors, le public à chanter avec le Chœur des esclaves.
- “J’ai vu des groupes de gens se lever.
Tout l’opéra de Rome s’est levé.
Et le Chœur s’est lui aussi levé.
Ce fut un moment magique dans l’opéra.”


Ce soir-là, fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens.”



Va' pensiero, Riccardo Muti, Opéra de Rome, le 12 mars 2011
Cette version présente l'énorme avantage d'être sous-titrée en français

L'humanité... c'est difficile

Publié le vendredi 1 juillet 2011 (par Dominique)

J'aime beaucoup le dessinateur (oui, oui, LE dessinateur) Maliki.
Son trait est fin, nuancé, le propos toujours vif et bien affuté.

Cette semaine, le strip de Maliki est un “Petit réquisitoire contre l'humanité”.

Maliki - Petit réquisitoire contre l'humanité
dessin de www.maliki.com


Un véritable petit bijou.

En quelques vignettes, Maliki, fait le tour de cette humanité
étonnante et insupportable à la fois…
dont chacun de nous fait partie…
parfois avec beaucoup de difficulté,
parfois avec carrément de la honte,
d'autres fois avec colère,
et les meilleurs jours avec tendresse, ou amusement.

Maliki - Petit réquisitoire contre l'humanité
dessin de www.maliki.com


Par certains côtés, il me rappelle la tirade “humaniste” du Diable dans le film : L'Associé du Diable, remarquablement interprétée par Al Pacino.
Un véritable morceau d'anthologie à savourer dans le contexte du film, comme isolé, tellement ce texte est succulent.

Ici c'est de la vision d'un humain sur l'humanité dont il fait partie.

Peut-être un peu long à lire à l'écran…
mais tellement vrai !!

Pour vous faciliter la lecture vous pouvez le télécharger ICI au format pdf.

Je vous conseille de lire d'abord le propos de l'auteur en bas de la page avant de lire le strip lui-même, il y définit très bien son état d'esprit du moment.

Bonne lecture à tous !!!